L’HISTOIRE DE L’ENSEIGNEMENT DANS NOTRE COMMUNE

Après le pain, l’instruction est le premier besoin du peuple (Danton)

 

L’enseignement obligatoire et gratuit pour tous les citoyens est un des premiers projets de la Révolution française. Pourtant il faut attendre 1818 pour trouver le premier document attestant de l’existence d’une école à Fors. Certes, en 1900 les plus anciens se souviennent encore qu’entre 1790 et 1818, GEOFFROY, concierge-régisseur du château et surnommé le “Boiteux Grenotton”, MARTIN, curé défroqué ayant épousé la supérieure d’une communauté religieuse, et les deux frères PREVOST enseignaient à Fors ; mais c’est un sacré bonhomme qui marque le véritable début de l’histoire de l’enseignement dans notre commune.

 

Si ce sont les premiers instituteurs – issus de l’Ecole normale et défendant les vertus de l’école communale – que l’on appellera les HUSSARDS de la République, on peut tout aussi bien utiliser ce qualificatif pour ce premier instituteur communal :

 

En effet, en 1835, Jean DANIZEAU, enseignant à titre privé et titulaire du brevet de 3ème degré, en apprenant que le Conseil municipal, suite à la loi Guizot du 28 juin 1833, avait décidé de nommer un instituteur communal, enfourcha sa jument avec laquelle il partageait son toit et muni d’une recommandation du curé d’Aiffres partit au galop à la Préfecture pour obtenir ce poste ; il revint quelques heures plus tard, sa nomination en poche au grand dam du maire de Fors qui avait un autre candidat en vue. On imagine aisément notre prétendant au poste d’instituteur, fonçant à bride abattue par les chemins pour être le premier arrivé.

 

Quant aux raisons qui le poussèrent à postuler, il est évident qu’il ne supportait pas la concurrence de cette école communale qui se crééait, lui qui enseignait depuis 1818. C’est son gagne pain qui était en jeu.

 

Une indemnité de 200 francs lui est allouée complétant la rétribution scolaire versée par les familles ( 1,50 franc par élève) ; son traitement passera à 600 francs en 1854 ; ce qui le changera de l’époque où les familles le payaient comme ils pouvaient à savoir avec des oeufs, du blé, des pommes de terre et autres produits de la ferme. A partir de 1850 Danizeau fait aussi office de receveur buraliste et accessoirement de sonneur de cloches, de sacristain et de chantre de la paroisse même si ses qualités vocales étaient plus que déplorables à tel point que son fils le remplacera à ce poste.

Ainsi Jean DANIZEAU devint instituteur communal à 41 ans ce qui était déjà un âge avancé pour l’époque. Originaire de Paizay-le-Chapt, il était né le 4 pluviose an III (23 janvier 1795), fils naturel d’une servante et du régisseur du domaine du seigneur de Paizay, Coutant. Il s’installa le 17 octobre 1818 à Fors où il ouvrit son école privée. Nous n’avons pas d’éléments sur ses qualités professionnelles avant la création du corps des inspecteurs primaires. Le premier rapport date de 1857 (Jean Danizeau enseigne donc depuis 39 ans) : les procédés d’enseignement de Danizeau étaient jugés mauvais et les progrès des élèves ainsi que la discipline étaient au même niveau ; si l’inspecteur jugeait que la moralité et la conduite du maître étaient bonnes, sa capacité à enseigner était qualifiée de nulle. Cependant, bien que “le sieur Danizeau [soit] sans instruction, sans capacité, sans aptitude,[…] il est extrêmement zélé, se conduit très bien et est très aimé dans sa commune.”

 

Mais comment enseigner à des élèves qui, dès le retour des beaux jours, retournaient aider leurs parents aux travaux des champs : en 1857 sur 81 garçons et 19 filles inscrits en hiver, seuls restaient en été 16 garçons et 9 filles.

 

En 1859 l’inspecteur a changé mais l’appréciation est restée la même : les procédés étaient toujours médiocres, sa capacité et son aptitude jugées faibles même si Jean Danizeau “fait tout ce qu’il peut”. Il paraît assez zélé mais manquait de méthode ; ses relations avec le maire étaient bonnes, mais celles avec le curé semblaient tendues ; “affaire de femme” écrit l’inspecteur entre parenthèses !.

 

L’effectif a nettement baissé : 60 garçons et 8 filles, toujours aussi irréguliers dans leur assiduité.

 

Alors qu’il bénéficiait de l’estime des parents, il était en perpétuel conflit avec le curé qui sollicitera de l’inspecteur primaire la nomination d’un autre instituteur communal.

 

Cette même année, Jean Danizeau reçut de l’inspecteur d’académie sa mutation pour Paizay-le-Chapt qu’il refusa en faisant valoir le fait que sa belle fille venait de décéder et qu’

il avait dorénavant la charge de ses trois petits-enfants en bas âge. Rien y fît, pas même l’appui du maire de Fors ; il dût donc démissionner laissant le poste à son successeur, Eugène Legris.

 

Jean Danizeau, sans emploi, ouvrit aussitôt une école privée qui concurrença sévèrement l’école communale ; ainsi l’effectif de l’école communale passe de 68 élèves en 1859 à 37 en 1862 pour remonter à 65 en 1864, Danizeau étant décédé entre temps. On peut noter que quelques années plus tard, Legris fera de même : refusant une mutation à Saint-Marsault, il ouvrira à son tour une école privée.

 

Jusqu’en 1855, la classe se faisait dans l’ancienne cure, louée au sieur Parsonneau pour 45 francs par an, et il n’y avait ni cour ni cabinet d’aisance. Les enfants jouaient dans le chemin et se soulageaient sur le tas de fumier le plus proche. Si la salle de classe était jugée convenable par l’inspecteur primaire, il n’en était pas de même pour son habitation ; ainsi Danizeau partageait-il sa pièce d’habitation avec son cheval.

En 1855, la commune achète une maison qui comprendra la salle de classe, le logement de l’instituteur et la mairie. Les locaux sont vastes, bien éclairés, bien aérés. Derrière, un terrain sert de cour de récréation.

 

La classe commençait lorsque quelques élèves étaient arrivés ; quand Danizeau avait fait lire et compter tous les élèves, la classe était terminée ce qui pouvait prendre beaucoup de temps et il arriva qu’elle se finisse à la lueur des chandelles.

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Danizeau était réputé pour les coups de gaule qu’il distribuait à ses élèves ; De temps en temps il faisait mettre à genoux sur le pas de la porte donnant sur la rue les mauvais élèves qui devenaient la risée des passants.

 

En 1862, soit quelques mois avant sa mort, Jean Danizeau, sollicite de l’inspecteur d’académie sa mise en retraite après plus d’un demi-siècle d’enseignement à Fors. Il y décède le 30 octobre 1862 à 67 ans.

 

Cet instituteur aura donc marqué de son empreinte, 54 ans d’enseignement à Fors ; il sera suivi par 6 autres maîtres, E. Legris, Bertrand, L. Métayer, Mercier, F. Paris et A. Mornet ainsi que des institutrices Mlle Chasseriau, Mme Guillaume, Mme Métayer, Mlle Poirier, Mlle Lécullier, Mme Paris, Mlle Marsault, Mme Lezay, Mme Pouget, Mlle de St-Etienne, Mme Papot totalisant à eux tous 46 ans soit une moyenne de 9 ans par instituteur et de 5 ans par institutrice. Tous auront des appréciations aussi flatteuses par les différents inspecteurs que celles attribuées à Danizeau. Fors était-elle destinée à n’accueillir que des enseignants de petit niveau ou les différents inspecteurs étaient-ils trop exigeants ?

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©Philippe Bontemps – 2004