DE FORS A VERDUN.

Lors du dernier hommage aux combattants de la grande guerre, le 11 novembre dernier, notre correspondant local Guy BRANGIER, avait publié dans la Nouvelle République, un témoignant papier sur ce que furent les combats de cette guerre la plus meurtrière.
En y citant les noms des combattants Forsitains décédés ainsi que le poignant témoignage de Pierre LUTINIER, pour l’histoire, pour la mémoire collective, il nous a aimablement donné l’autorisation de publier son texte sur le site communal.
                                          Merci !
 
De Fors à Verdun
 
La bataille de Verdun, voici 90 ans, fut la plus meurtrière de la première guerre mondiale. Un grand nombre de soldats eut à combattre à Verdun, que ce soit aux forts de Vaux ou de Douaumont, ou des autres sites de combats proches de cette ville de la Meuse, car les régiments s’y sont relayés de février à décembre 1916. Quatre jeunes Forsitains figurant sur le monument aux morts ont ainsi trouvé la mort à Verdun: Marcelin Pommier le 7 mai 1916 à 21 ans, Ernest Chauvet le 28 avril 1916 à 24 ans, Maurice Boirou le 22 mai 1916 à 24 ans, et Jules Deschamps le 17 mars 1916 à 24 ans aussi.
Le cimetière de Fors accueille aussi la tombe de Pierre Lutinier, décédé voici quelques années à Fors. Né en 1899, et devenu instituteur, il avait voulu s’engager pour partir à la guerre, mais il avait dû attendre le printemps 1918 pour être mobilisé. Après un temps de préparation, l’arrivée des Américains avait retardé ce qu’il attendait avec impatience: son premier coup de feu. Mais l’offensive à laquelle il devait participer n’est intervevue qu’en novembre, et la signature de l’armistice l’en a privé. Il a néanmoins été envoyé à Verdun avec son régiment.
Il a raconté plus tard dans un cahier son arrivée à Verdun.
” Dés la fin novembre 18, nous fûmes affectés au 40ème d’artillerie à Verdun…Nous fûmes employés au nettoyage du champ de bataille:Fleury, Douaumont, Vaux. On trouvait encore des cadavres d’Allemands. Il fallait bien regarder où on mettait les pieds. Ce n’était à perte de vue que des trous d’obus, plus trace de villages, le désert, la désolation. Plus un arbre, plus un mur, des tas de pierres! C’est en récupérant des munitions que nous avons eu chaud un jour: une caisse a explosé. Nous nous sommes jetés à terre instinctivement, et on a eu peur!
Verdun était complètement déserte… Notre caserne n’avait plus de toit… Un immense cimetière s’étendait dans le faubourg, d’immenses cratères désolaient le quartier lui aussi inhabité. C’est là, sur ce plateau, que j’ai compris ce que c’était que la guerre, et devant cette tristesse, tous ces immenses cimetières, devant cette misère, je suis devenu pacifiste. “
Instituteur, Pierre Lutinier ajoutera même des couplets pacifistes à la Marseillaise. Et il restera pacifiste jusqu’à son décès, à 102 ans.
 
G.Brangier